Je Prefère Mourir D'un Cancer Du Poumons à 30 Ans
La Jeunesse N'est Pas Éternelle
...
( De toute façon on mourrat tous d'une explosion nucléaire ou bouffer par des lapins géants )
Dire du mal de soi est encore plus prétentieux qu'en dire du bien.
Pourquoi alors s'abimer ?
Pile Tu Vis, Face Tu Meurt
Nous allions gambadant au bord d'un lac, bras entremêlés, liées par le destin pour un petit moment encore, du moins le supposais-je à l'instant. A vrai dire, toute chose environnante se prêtait à d'heureuses présomptions, y compris le soleil, radieux, nous dardant de ses rayons et diaprant les arbres d'émeraude. Te souviens-tu de ce jour ? Moi, je n'en garde plus qu'une réminiscence, malheureusement. Mais au moins je ne l'ai pas oublié. Je ne t'ai pas oubliée. Le lac, dans lequel se reflétaient les arbres, lui donnant la même couleur jade, était légèrement ridé, témoignant de la délicate et agréable brise qui alléchait mes sens. Quoi de plus plaisant, alors, que de lézarder, allongées dans l'herbe, baignant nos corps dans la clarté, nos pieds dans l'onde chatoyante ? La béatitude m'emplissait, et je le supposais également pour toi à tes lèvres rouges s'allongeant en un grand sourire. Profitant du cadre charmant qu'était le bassin, tu m'aspergeas, une gerbe d'eau, puis tu ne t'arrêtais plus. Moi, je poussai le même petit cri de vengeance que lancent les bambins, et t'éclaboussai à mon tour. Quel tableau plus adorable que celui de deux jeunes filles se trempant avec complicité ? Puis, tout alla très vite. Je perdis l'équilibre, et tombai dans le profond lac. Je n'ai jamais vraiment aimé l'eau. Et le même destin qui nous voulait le bras de l'une accroché au bras de l'autre quelques instants auparavant, fit que je n'avais jamais appris à nager, cause de mon incurable peur. Au début, je me débattais avec vigueur, et toi tu essayais de me tendre ton petit bras, trop court, accroupie dans l'herbe. Etonnamment, l'eau était glacée, ce qui ne fit qu'accélérer les choses. Le froid me gagnant, mes pieds battirent l'eau de moins en moins vite. Tu finis par te relever, me regardant, tes belles lèvres rouges devenues toutes pâles, les yeux exorbités, la peur te paralysant des cheveux aux orteils, de ton écorce à tes entrailles. Je n'avais même plus la force de crier mon désespoir, et toi, tu n'avais plus le courage. J'ai vu une larme couler sur ton visage de marbre, puis j'ai sombré, mon visage se crispant en un rictus de douleur. C'est le dernier souvenir que ma carcasse garde de toi.
Et toi, te souviens-tu de moi ?
0o